Universités et internet

27 09 2006

Bien que les liens soient très étroits entre université et internet via les reseaux de partages de connaissances, la collaboration, bref l’ensemble des souplesses qu’apporte le net pour les activités académiques, l’université s’est ouverte graduellement au-delà ses propres frontières.

Le “coursecasting” est probablement l’approche la plus en vogue du moment. Après les publications de notes de cours de différentes universités, notamment celle de Berkeley, Google Video héberge cette fois plus de 250h de cours de l’université de Berkeley dans divers thèmes. On peut également saluer l’initiative française CANAL U, un projet communautaire d’universités qui met à disposition des particuliers des séries de conférences dans divers domaines. Le MIT s’y colle aussi avec son programme MITOPENCOURSEWARE.

Je n’ai jamais été un étudiant exemplaire en terme de fréquentations des cours, c’est peut-être pour cette raison que j’ai un biais positif en ce qui concerne les bénéfices qu’un étudiant pourrait retirer d’un dispositif lui permettant d’accèder à ses cours via podcasting ou videocasting. A terme, pour imager de façon humouristique, une classe d’université online ressemblerait à un professeur avec des étudiants remplacés par des enregistreurs. Serait-ce l’annonce de la disparition de l’université sous sa forme actuelle ?

Je ne pense pas qu’il faut aller jusque là. L’université c’est aussi un lieu d’échanges humains, de rencontres, de découvertes que l’on ne peut absoudre facilement en code binaire. Et pour les matières “pratiques” une présence est plutôt préférable.

Non, vraiment je prends ce genre d’initiative comme un ensemble d’outils permettant aux étudiants de mieux disposer de leur temps, d’avoir accès à d’autres lectures (notamment de grandes universités, jusque là repliées sur elles même). Du côté des professeurs, par exemple à la San Francisco State University certains professeurs mettent à disposition des étudiants des cours sous forme de videocast et utilisent le temps de classe pour des discussions ou d’autres activités.

Il est temps de réhabiliter l’internet comme un véhicule de démocratisation du savoir. Nous avons à disposition une masse de connaissance considérable accessible en un click de souris. De quoi rendre jaloux même Einstein, mais la nature humaine étant ce qu’elle on sous utilise toujours le potentiel d’internet.





Pape, religions et psychologie des foules

17 09 2006

C’est toujours épatant de voir le pouvoir des médias à l’oeuvre, et la façon dont la récupération médiatique s’effectue d’un horizon à un autre. Si vous avez douté de la veracité de l’effet papillon, vous avez ici son illustration réelle avec les propos récents de Benoit XVI à l’encontre de l’islam et de sa violence.

La propagation d’une nouvelle se fait souvent de façon distordue puisque chacun y rajoute sa petite touche. C’est ainsi qu’un banal évènement, une maladresse, devient au final un conflit. Plus les faits abordés sont flous ou ambigus, plus il est facile de leur donner le sens souhaité et plus ce fait est propice à la désinformation. L’information distordue repose principalement sur le flou généré par la source citée. L’ambiguité de cette source repose souvent sur une dualité: il faut aussi marqué un respect et une compréhension du thème abordée. C’est souvent le refuge qui crédibilisera l’impartialité de la source.

Ici il ne s’agit plus de savoir si le pape a raison ou pas dans ces propos, à la limite on pourrait même relèguer à l’arrière plan ce fait et se concentrer plus sur la propagation de l’onde de choc dans un sens comme dans l’autre et le pouvoir que l’on peut avoir sur les masses.

Cela commence très tôt en fait, déjà enfant il était fréquent que l’on entretienne des légendes urbaines sur certaines personnes. J’y pense parce que je me rappelle, quand j’étais gamin il y avait un garçon assez intelligent dans notre classe (par intelligent je veux dire qu’un 16/20 était considéré comme un échec). Par jalousie, un groupe de personnes ont décidé que ce garçon était intelligent parce qu’il récitait des paroles avant d’entrer dans la classe. Nous étions des gamins de  8 – 9 ans. Et c’est vrai que quelque fois je l’ai remarqué se parler à basse voix. Je n’ai pas cherché à aller plus loin, pour moi je venais d’avoir la preuve avec laquelle je pouvais enfin justifier ma médiocrité: les forces occultes ne sont pas avec moi.

Ce qu’il y a d’amusant dans cette histoire, c’est qu’une fois sur le trajet pour aller à l’école, j’ai partagé un bon bout de chemin avec ce garçon, j’étais impressionné par l’inexactidue de l’idée que je me faisais du personnage. En fait il ne faisait que réciter le squelette des grandes lignes des leçons antérieurs que nous avons eu, histoire de pouvoir les repliquer dès que le sujet est lancé et cela lui servait de repères. Aujourd’hui ce bonhomme est devenu un expert comptable, il ne récite plus ses leçons puisqu’il a le droit de faire son travail avec ses cahiers ouverts. Nous gardons de bonnes relations.

Au final qu’est-ce qui était vrai, qu’est-ce qui était faux ? comment est-ce que j’aurais pu le savoir. Suivre le sentiment de la foule ? Suivre l’avis que je me suis fait en cotoyant la personne ?

Quelques morales de cette histoire:
- Manipuler les foules c’est très simple, suffit de trouver un thème fédérateur, de préférence un malaise latent
- Les apparences sont souvent trompeuses et la bonne intention d’informer est louable mais suspecte à la fois
- L’information revet plusieurs facettes: comment on la comprend, mais aussi comment on s’en sert

Au final, un point pour le Pape, qui commet une maladresse dans un climat relativement tendu. Mais quelque part, les vives réactions des populasses du camp opposé ne feront que conforter son discours.

Je terminerais en disant qu’en dépit tout on continue à s’amuser à diaboliser l’autre, vice-versa. Pendant ce temps l’histoire se répête: les agents vecteurs sont confortablement assis au haut du balcon du théâtre de l’histoire et le spectacle est toujours le même depuis l’aube des temps.