Le microcrédit est recompensé cette année par le prix nobel de la paix en la personne de Muhammad Yunus. Avec l’aide de la Grameen Bank (litérallement banque du village), le nobel de cette année a permis à des populations pauvres d’avoir également accès à des instruments financiers pour mener à bien leurs microprojets.
L’approche repose sur un constat d’échec des politiques de développement et différents fonds que les organismes internationaux allouent à ces pays. Cette aide existe belle et bien mais ses canaux de transmission font que leur efficacité est assez réduite. Des études ont montré qu’une bonne partie de ces aides n’arrivaient pas aux populations les plus pauvres, dispersées entre les multiples intermédiaires qui interviennent dans la chaîne. Ces états ne sont pas en mesure d’assurer pleinement un rôle de prêteur privé. D’autant plus que la faillite des banques étatiques (entre les années 1970-1980) n’a fait qu’accentuer le phénomène. C’est à ce niveau que le reseau établit par les structure de microcredit sont les plus efficaces puisqu’implanté majoritairement dans les zones rurales.
Ces microcrédits soutiennent surtout l’activité artisanale, les bénéfices sont doubles puisque la dimension culturelle est également associée à la dimension économique. Les coûts relativement faibles pour démarrer une activité et la notion d’auto-emploi font que ces crédits sont spécifiques aux genres de problèmes auquels font face ces artisans (tisserands, menuisiers, forgerons, etc…). Même si on crédite à ces usuriers d’appliquer des taux d’intérêts assez élevés (environ 30% par an dans certains cas), on reste tout de même en-dessous des taux appliqués par les mécanismes de financiement informels.
Il faut aussi dire que ce n’est pas un phénomène nouveau en soit, les tontines, “banquiers ambulants” et usuriers peu scrupuleux ont souvent joué leur rôle de prêteur en dernier recours. Graduellement ce modèle a dérivé vers un cadre plus ou moins structuré, c’est alors l’ère des coopératives et celle des Organisations Non Gouvernementales.
A présent il faudrait éviter de tomber dans le dithyrambisme aigue. Un microcrédit ne se traduira pas automatiquement par une réussite, le crédit n’est qu’une des composantes et certainement pas la finalité. Une des réalités du terrain c’est aussi la difficulté pour certaines institutions de microcrédit d’atteindre l’équilibre. Au final la microfinance est certes un modèle économique et social qui permet de déboucler certaines situations délicates mais n’est en aucun la solution miracle à la pauvreté dans le tiers-monde. Ce système a été mis en place pour palier à un dysfonctionnement flagrant des politiques de développement, ces dernières ne doivent pas pour autant s’absoudre de leur rôle !
En toute logique la prochaine phase d’évolution de la microfinance serait vraisemblablement de passer de la “finance de subsistance” à la “finance pour des moyens d’existence”. C’est dans ce sens, à mon avis, que la reflection devra être menée.