C’est quoi le message ?

31 12 2006

De retour de vacances, je n’ai pas beaucoup suivi l’actualité ce mois-ci à vrai dire. C’est donc avec retard que j’ai appris la pendaison de Saddam Hussein. Non pas que je veuille relancer un débat sur la peine de mort mais je m’interroge sur la véritable pertinence de cette sentence. Pourquoi cette soudaine précipitation alors que les crimes auxquels sont associés Saddam Hussein n’ont pas encore été élucidé ?

Je n’ai pas de sympathie pour le bonhomme, son sort quelque part était déjà scellé ce n’était qu’une question de temps mais je ne peux m’empêcher de penser qu’au-delà de cette grosse mascarade on nous raconte des bobards à nouveau. Une chose est sure, avec cette pendaison on n’en saura pas plus sur les relations étroites entre le gouvernement américain (de Reagan avec Bush père vice-président, entre 1987 et 1988) et Saddam concernant les massacres de Kurdes lors de l’opération “Anfal”.

A titre de rappels voici les différents chefs d’accusation :

1/ Les opérations “Anfal” contre les Kurdes (1988)
2/ Le gazage des Kurdes à Halabja (1988)
3/ L’écrasement de la rébellion chiite (1991)
4/ L’invasion du Koweït (1990)
5/ Le massacre en 1983 de membres de la tribu kurde des Barzani
6/ Les meurtres avec préméditation de chefs de partis politiques
7/ Les meurtres avec préméditation de dignitaires religieux.

De qui se moque-t-on ? Je n’ai pas vraiment l’impression que le tribunal est vraiment répondu à ces questions. Je ne suis pas un grand expert de la question mais cela laisse l’impression d’un bâclage. Ce procès, bien fait, aurait permis un regard critique sur le règne de Saddam, parce que ce n’est pas seulement l’homme qui était au box des accusés, bien au delà des faits qui lui sont imputables la mise à nue de certains dossiers auraient peut-être permis un début de reconciliation avec l’histoire chaotique de ce pays et pouvoir ainsi aborder un nouveau chapitre.

En fait pour se donner une bonne image, c’est-à-dire au lieu de l’avoir buter dans la grotte dans laquelle il se trouvait, histoire de maquiller la réalité on s’invente un procès dont l’issue finale était connu d’avance. Mais pour la forme et surtout pour se laver les mains il fallait cette mascarade. Nous sommes presque en 2007, les démantèlements de régimes se font de façon plus classieuses… Nous sommes vraiment dans un autre siècle.

D’autre part, il parait que des vidéo de cette pendaison circulent sur la toile. En fait je ne pense pas pousser la curiosité (morbide) aussi loin, donc de fait je ne regarderais pas ces images, ni vidéo. Comme je l’ai dit plus haut, je n’ai aucune sympathie pour le bonhomme mais je ne pense pas non plus que visionner cette vidéo apportera des réponses à mes questions (par contre pour les personnes qui ont perdu un proche dans l’histoire je peux comprendre ce désir).

En y pensant, on ne peut s’empêcher de faire un parallèle avec Pinochet. Comme quoi il est important de ne pas trop facher certains “alliés”…





La microfinance au service des plus petits

13 10 2006

Le microcrédit est recompensé cette année par le prix nobel de la paix en la personne de Muhammad Yunus. Avec l’aide de la Grameen Bank (litérallement banque du village), le nobel de cette année a permis à des populations pauvres d’avoir également accès à des instruments financiers pour mener à bien leurs microprojets.

L’approche repose sur un constat d’échec des politiques de développement et différents fonds que les organismes internationaux allouent à ces pays. Cette aide existe belle et bien mais ses canaux de transmission font que leur efficacité est assez réduite. Des études ont montré qu’une bonne partie de ces aides n’arrivaient pas aux populations les plus pauvres, dispersées entre les multiples intermédiaires qui interviennent dans la chaîne. Ces états ne sont pas en mesure d’assurer pleinement un rôle de prêteur privé. D’autant plus que la faillite des banques étatiques (entre les années 1970-1980) n’a fait qu’accentuer le phénomène. C’est à ce niveau que le reseau établit par les structure de microcredit sont les plus efficaces puisqu’implanté majoritairement dans les zones rurales.

Ces microcrédits soutiennent surtout l’activité artisanale, les bénéfices sont doubles puisque la dimension culturelle est également associée à la dimension économique. Les coûts relativement faibles pour démarrer une activité et la notion d’auto-emploi font que ces crédits sont spécifiques aux genres de problèmes auquels font face ces artisans (tisserands, menuisiers, forgerons, etc…). Même si on crédite à ces usuriers d’appliquer des taux d’intérêts assez élevés (environ 30% par an dans certains cas), on reste tout de même en-dessous des taux appliqués par les mécanismes de financiement informels.

Il faut aussi dire que ce n’est pas un phénomène nouveau en soit, les tontines, “banquiers ambulants” et usuriers peu scrupuleux ont souvent joué leur rôle de prêteur en dernier recours. Graduellement ce modèle a dérivé vers un cadre plus ou moins structuré, c’est alors l’ère des coopératives et celle des Organisations Non Gouvernementales.

A présent il faudrait éviter de tomber dans le dithyrambisme aigue. Un microcrédit ne se traduira pas automatiquement par une réussite, le crédit n’est qu’une des composantes et certainement pas la finalité. Une des réalités du  terrain c’est aussi la difficulté pour certaines institutions de microcrédit d’atteindre l’équilibre. Au final la microfinance est certes un modèle économique et social qui permet de déboucler certaines situations délicates mais n’est en aucun la solution miracle à la pauvreté dans le tiers-monde. Ce système a été mis en place pour palier à un dysfonctionnement flagrant des politiques de développement, ces dernières ne doivent pas pour autant s’absoudre de leur rôle !

En toute logique la prochaine phase d’évolution de la microfinance serait vraisemblablement de passer de la “finance de subsistance” à la “finance pour des moyens d’existence”. C’est dans ce sens, à mon avis, que la reflection devra être menée.





Pape, religions et psychologie des foules

17 09 2006

C’est toujours épatant de voir le pouvoir des médias à l’oeuvre, et la façon dont la récupération médiatique s’effectue d’un horizon à un autre. Si vous avez douté de la veracité de l’effet papillon, vous avez ici son illustration réelle avec les propos récents de Benoit XVI à l’encontre de l’islam et de sa violence.

La propagation d’une nouvelle se fait souvent de façon distordue puisque chacun y rajoute sa petite touche. C’est ainsi qu’un banal évènement, une maladresse, devient au final un conflit. Plus les faits abordés sont flous ou ambigus, plus il est facile de leur donner le sens souhaité et plus ce fait est propice à la désinformation. L’information distordue repose principalement sur le flou généré par la source citée. L’ambiguité de cette source repose souvent sur une dualité: il faut aussi marqué un respect et une compréhension du thème abordée. C’est souvent le refuge qui crédibilisera l’impartialité de la source.

Ici il ne s’agit plus de savoir si le pape a raison ou pas dans ces propos, à la limite on pourrait même relèguer à l’arrière plan ce fait et se concentrer plus sur la propagation de l’onde de choc dans un sens comme dans l’autre et le pouvoir que l’on peut avoir sur les masses.

Cela commence très tôt en fait, déjà enfant il était fréquent que l’on entretienne des légendes urbaines sur certaines personnes. J’y pense parce que je me rappelle, quand j’étais gamin il y avait un garçon assez intelligent dans notre classe (par intelligent je veux dire qu’un 16/20 était considéré comme un échec). Par jalousie, un groupe de personnes ont décidé que ce garçon était intelligent parce qu’il récitait des paroles avant d’entrer dans la classe. Nous étions des gamins de  8 – 9 ans. Et c’est vrai que quelque fois je l’ai remarqué se parler à basse voix. Je n’ai pas cherché à aller plus loin, pour moi je venais d’avoir la preuve avec laquelle je pouvais enfin justifier ma médiocrité: les forces occultes ne sont pas avec moi.

Ce qu’il y a d’amusant dans cette histoire, c’est qu’une fois sur le trajet pour aller à l’école, j’ai partagé un bon bout de chemin avec ce garçon, j’étais impressionné par l’inexactidue de l’idée que je me faisais du personnage. En fait il ne faisait que réciter le squelette des grandes lignes des leçons antérieurs que nous avons eu, histoire de pouvoir les repliquer dès que le sujet est lancé et cela lui servait de repères. Aujourd’hui ce bonhomme est devenu un expert comptable, il ne récite plus ses leçons puisqu’il a le droit de faire son travail avec ses cahiers ouverts. Nous gardons de bonnes relations.

Au final qu’est-ce qui était vrai, qu’est-ce qui était faux ? comment est-ce que j’aurais pu le savoir. Suivre le sentiment de la foule ? Suivre l’avis que je me suis fait en cotoyant la personne ?

Quelques morales de cette histoire:
- Manipuler les foules c’est très simple, suffit de trouver un thème fédérateur, de préférence un malaise latent
- Les apparences sont souvent trompeuses et la bonne intention d’informer est louable mais suspecte à la fois
- L’information revet plusieurs facettes: comment on la comprend, mais aussi comment on s’en sert

Au final, un point pour le Pape, qui commet une maladresse dans un climat relativement tendu. Mais quelque part, les vives réactions des populasses du camp opposé ne feront que conforter son discours.

Je terminerais en disant qu’en dépit tout on continue à s’amuser à diaboliser l’autre, vice-versa. Pendant ce temps l’histoire se répête: les agents vecteurs sont confortablement assis au haut du balcon du théâtre de l’histoire et le spectacle est toujours le même depuis l’aube des temps.